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Les banques au Japon
Je hais les banques japonaises. Plus j'habite au Japon et plus je hais les banques.
J'en viendrais presque à regretter les grandes banques suisses pour
lesquelles le client n'est qu'un incovénient générant
des coûts. Au moins, elles se rattrappent avec les gros clients.
Ici c'est le contraire. La crise économique à durée
indéterminée qui sévit au Japon fait se multiplier les solutions
miracle pour sortir de la crise. Evidemment ça ne marche jamais, et se sont toujours
les banques qui raquent. Et comme l'origine de la crise c'est que les banques vont mal,
ça ne fait qu'empirer les choses.
La plus grosse banque du Japon, la Mizuho, existe depuis
une année et a déjà accumulé 17 milliards
de dollars de pertes. Neuf fois plus que prévu. Mieux que Lukas Mühlemann
(Swissair, Winterthur, CS) et Martin Ebner réunis!
Vu depuis en bas, l'état des banques ne surprend pas.
Leur structure semble héritée de l'ère soviétique.
Une agence ressemble un peu à une administration communale.
Pas de guichets, pas de vitre de sécurité, mais un grand comptoir
auquel on est invité à
se rendre par une voix informatique qui appelle des numéros. Derrière,
une vingtaine d'employés qui s'affairent à on ne sait quoi. Les femmes
sont en uniforme, les hommes en civil. Heures d'ouverture: 9h à 15h.
Cinq jours sur sept.
Pour les banques, le petit client est une vache à lait que l'on trait à
volonté. Quelques exemples:
- J'ai essayé de transférer de l'argent de la Suisse au Japon
par le BCV-net. Ma banque, la Joyo Ginko m'a appelé pour me dire qu'il y avait
eu un problème: Le clearing de la banque était incorrect. La BCV a mis
le clearing de l'agence de Tsukuba-center (le seul code publié)
au lieu de celui de l'agence de Oho.
J'ai dû venir avec la secrétaire à Oho et préciser que
je voulais bien qu'on me verse l'argent. L'employée a alors passé
une demi-heure au téléphone avec Tsukuba.
Ensuite une petite surprise: j'avais bien précisé que je voulais que
les frais soient à la charge du compte en Suisse. La Joyo Ginko a quand
même pris 3550 yens (40 francs) au passage.
- Céline a essayé de transférer de l'argent à la Mizuho:
mêmes problèmes. Elle a alors demandé le clearing.
Ils ne savent pas ce que c'est. De toute façons, vous n'en avez pas besoin, ça finit
toujours par marcher. Bien sûr...
- Pour autoriser le débit automatique de l'assurance maladie il a fallu aller deux fois
à la banque: ils n'avaient pas le bon formulaire. Pourquoi ne vais-je pas
à l'agence d'Abiko oû ils auront sans doute le formulaire adéquat
me demande-t-on. Parce que je travaille moi, pardi!
- Pour le débit automatique de l'abonnement à internet il a fallu s'y
reprendre à trois fois. Mais cette fois c'est le fournisseur d'accès
qui a fait le boulot.
- Pour payer le loyer je peux au moins éviter d'aller traiter avec
ces incompétents - je le fais au bancomat. Mais cela coûte 525 yens
(7 francs) la transaction.
- Ah quand même, direz-vous, les banquiers sont peut-être incompétents,
mais au moins les bancomats savent tout faire. Certes, mais cela les fatigue tellement
qu'ils doivent dormir de 18h à 8h et tout le week-end. Quelques bancomats
sont ouverts le week-end, mais tout retrait coûte alors 105 yens.
C'est incroyable que dans cette société où tout se paye cash,
on ne puisse pas retirer de l'argent en dehors des heures de bureau!
- Jusqu'ici ma banque m'a débité deux fois des frais de gestion
(105 yens, 1 franc 20)
parce que mon compte n'avait pas un million de yens de crédit,
et m'a crédité une fois
des intérêts: 5 yens (6 centimes) le 16 août.
Evidemment quand on va à la banque on n'y voit que
des femmes. Au Japon c'est madame qui s'occupe de toutes les
affaires financières. Le mari apporte le salaire et reçoit
un peu d'argent de poche. Une tradition qui date des samurai.
Dans ces conditions
ce n'est pas très étonnant que la banque ne se donne aucune
peine pour améliorer le service à la clientèle.
Si les hommes allaient à la banque, il en serait certainement
autrement.
Enfin l'aventure du jour: Allant à Taipei, j'ai besoin de dollars taiwanais (NT$)
A l'aéroport de Narita il n'y a qu'une banque qui change
des yens en NT$, la Sumitomo.
Et cette banque se trouve au terminal 2. Manque de chance
mon avion pour Taipei part du terminal 1. Je prends donc le bus pour changer de terminal
et je change mes yens en NT$. Pour ce faire je dois remplir un formulaire
qui sera certainement classé quelque part. Le cours: 23.4 NT$ par 100 yens.
Arrivé à Taiwan, avant même la douane ou la récupération
des bagages on tombe sur un bureau de change. Ici le cours est de 26.4. Soit 13% de mieux!
Ca fait quand même une sacrée différence.
Une autre observation extraîte du pamphlet du 20 juin:
La dame sur la photo ci-contre ont un rôle d'hôtesse d'accueil.
Elle explique - sourire aux lèvres - aux clients du
bureau de change de l'aéroport de Narita
comment remplir le formulaire pour demander de changer de l'argent.
(Si vous croyez encore qu'on peut changer de l'argent en allant au guichet
et en parlant avec la personne derrière, c'est que vous n'êtes jamais
allé au Japon...). Je m'exécute:
Montant: 10000¥, monnaie: Euro. Bien.
Elle m'explique ensuite que je dois prendre un numéro puis attendre. Après
trois secondes, on apelle mon numéro. Je donne le formulaire et le billet
de 10000¥. Omachikudasai, attendez s'il vous plaît. Ah, encore.
Mon formulaire passe par trois autres paires de mains armées de tampons
divers et arrive enfin vers quelqu'un d'important, au fond, qui est abilité
à donner des billets européens. Cinq minutes plus tard, j'ai mes euros.
En tout il y a neuf employés dans cette banque. Et ils arrivent
à causer la formation d'une queue, alors qu'il n'y a que cinq clients.
Ma conclusion: si vous croisez une banque ouverte au Japon, changez de trottoir!
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